Le
Caire – le Cap: la course cycliste la plus
longue du monde.
Le
Caire, Égypte. Janvier 2004. Nous sommes aux pieds
des pyramides de Gizeh pour le départ de la course-expédition à bicyclette
la plus extraordinaire qu’il soit.11500 kilomètres, à travers
l’ensemble du continent africain. Pendant 120 jours,
32 cyclistes intrépides (dont 6 femmes), venus des quatre
coins de la planète, feront route plein sud avec pour
seul objectif d’atteindre le Cap de Bonne Espérance
en Afrique du Sud.
Dès les premières semaines de course, en Égypte
puis au Soudan, nous devons tous apprendre à vivre avec
le désert. Il fait terriblement chaud et sec. Le sable,
poussé par le vent du nord, s’infiltre partout.
Les corps et le matériel sont soumis à rude épreuve.
Les coureurs, déjà fatigués par l’effort,
devront, chaque soir, nettoyer leurs vélos pour l’étape
du lendemain. Dans quoi me suis-je embarqué ? me dit
un participant en essayant de trouver une réponse. La
route défile à perte de vue, tel un ruban adhésif
collé sur le sable. Les paysages sont majestueux. Nous
traversons de grandes étendues de terres arides sous
un soleil de plomb. Pour Gillian, l’infirmière
de la course, la déshydratation devient rapidement le
problème numéro un. Elle prodigue ses soins aux
plus fatigués, et conseille au minimum 8 à 10
litres d’eau par jour pour aider les concurrents à endurer
la chaleur. Sans oublier la crème solaire. Le repos
bien mérité se fait au bivouac, au cœur
de paysages lunaires. A la nuit tombée, des feux de
camp sont allumés autour de nos tentes et, pendant que
nous dormons, notre escorte militaire monte la garde en chantant.
En Éthiopie, sitôt passée la frontière,
le paysage se modifie. Les montagnes se profilent à l’horizon.
Les meilleurs coureurs sont prêts à en découdre
avec les fameuses gorges du Nil Bleu. 12 km de descente suivis
de 12 km de montée. Et pour corser le tout, sur le bord
des routes, des enfants lanceurs de pierres prennent, par jeu,
les cyclistes pour des cibles mouvantes. Plusieurs participants
craquent physiquement et moralement. Le nombre des compétiteurs
en course pour le titre diminue de jour en jour. Le moral est
au plus bas. Heureusement, une formidable réception à notre
arrivée à Adis Abeba apaisera les esprits.
Nous
pénétrons au Kenya par le nord, là où les
routes ne sont que pistes de cailloux volcaniques. Les étapes
sont réduites à 80 Km par jour. La surprise vient
des camions d’assistance qui roulent moins vite que les
meilleurs coureurs. Dans cette partie du monde, des bandits
de grand chemin détroussent les rares voyageurs qui
osent s’aventurer par là. Une escorte policière
venue de Nairobi nous permet d’arriver sans encombre
jusqu’au pays des Massai. Et lorsqu’un cycliste
en tenue bariolée croise un guerrier Massai en costume
traditionnel, il est fort difficile de savoir qui est le plus étonné des
deux. Nous approchons de l’équateur et de la moitié de
la course. Une grande fête est organisée en notre
honneur dans la capitale Kenyane. Les coureurs sont heureux.
Certains n’en reviennent toujours pas de vivre cette
aventure hors du commun.
Début mars, nous entrons en Tanzanie et dans la saison
des pluies. La savane laisse, peu à peu, place à une
jungle dense et humide. Les animaux sauvages font désormais
partie de la course. Les coureurs, souvent seuls sur la route,
vivent alors l’expérience merveilleuse de croiser éléphants,
girafes, singes, ou caméléons. A l’heure
du bivouac, les participants partagent leurs émotions
et se racontent leurs rencontres avec les animaux du jour.
Au campement, alors que le repas du soir se prépare,
des centaines de personnes des villages alentours viennent
observer la caravane du Tour. Des conversations s’échangent,
des amitiés se lient. Plus tard, alors que la majorité des
cyclistes s’apprête à dormir, le son des
chants et des tam-tams se fait entendre dans la nuit
Au
Malawi, la caravane du Tour rencontre un couple de Suisses
en tandem. Ils décident de nous accompagner pendant
quelques jours, ce qui va soutenir le moral des troupes. Rapidement
nous passons en Zambie puis au Botswana. Partout nous recevons
un accueil chaleureux. Nous filons vers la Namibie ou nous
retrouvons le désert. Les corps sont épuisés
et les tensions montent au sein du groupe. Un dernier passage
difficile sur les pistes du sud namibien achève la patience
des coureurs. Le directeur de course en prend pour son grade.
Voilà plus de trois mois qu’ils sont partis. La
vie en communauté n’est plus du goût de
certains. Le jour de repos dans l’oasis merveilleuse
d’Ais-Ais remet le moral de tous au beau fixe.
L’entrée en Afrique du Sud, pour les cinq derniers
jours de course, n’est qu’une formalité.
Tous ne pensent qu’à une chose : en finir avec
cette course-expédition de folie. Le 15 mai 2004, dans
un brouillard à couper au couteau, le peloton, regroupé pour
la cause, entre dans la ville du Cap, escorté comme
des chefs d’états par des motos de police. En
arrivant à Sea Point, ultime étape du Tour d’Afrique,
les coureurs laissent éclater leur joie. Beaucoup fondent
en larmes, transportés par l’émotion. Ils
sont allés au bout d’eux-mêmes. Ils ont
traversé l’Afrique à vélo pour l’unique
plaisir de l’aventure et du dépassement d’eux-mêmes.
Le
hollandais Rob Van des Geest gagne la course en 394 heures
et 46 minutes. Chez les femmes, l’autrichienne Sandra
Simon remportera la première place en 529 heures et
18 minutes.